Page:Barrès - La Colline inspirée, 1913.djvu/147

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venaient s’asseoir à leur table, heureux, allègres de cette âme religieuse qu’ils avaient senti palpiter sur la colline et profondément satisfaits d’une journée qui avait été pour eux un succès professionnel. Et tous, ils s’entendaient pour dire de Léopold : « Il n’y a pas dans le diocèse un prêtre dont on puisse faire mieux un évêque. » Et quand ils s’étaient rafraîchis, en se retirant, ils ne manquaient jamais de faire promettre à monsieur le Supérieur qu’il amènerait dans leur paroisse, quelque prochain dimanche, les élèves de son pensionnat et qu’il prêcherait à la grand’messe. Mais aujourd’hui, quel affront ! Les voilà qui partent tous sans un mot d’amitié, sans un signe de politesse.

Et c’est vrai que sur la pente et sur les raidillons, on les voyait qui se hâtaient à grands pas, sans même retourner la tête.

Léopold ne se laisse pas dominer par ces lâches regrets. Il vient de présider au rétablissement des rapports qu’il doit y avoir entre ce lieu saint et la population. Plus d’Église imposée par l’étranger, mais une Eglise qui sorte de ce sol miraculeux. La fausse religion de l’évêché, médiocre, sans âme, semblait invincible ; du premier coup il l’a jetée par terre, tant est puissante la force