Page:Barrès - La Colline inspirée, 1913.djvu/169

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


paisibles comme la mort et pourtant pleines d’espérance. Son bâton dans la main, le vigoureux curé parfois pensait à ses ennemis et faisait un dur moulinet, tantôt et le plus souvent, se livrant aux songes, il pressait le pas pour atteindre le but des désirs de son âme. Une prière se formait en lui qu’il prononça sur la tombe de son père, dans l’étroit cimetière éblouissant de bouquets de fleurs, où dans cette extrême saison bourdonnaient encore les abeilles :

« Mes parents, je viens vous trouver, vous dire mes pensées qui sont les vôtres, élargies, colorées par des expériences plus audacieuses. M’entendez-vous respirer et frapper votre terre de mon bâton ? C’est moi, Léopold, votre aîné. Vous avez construit dans Borville une maison, et couché sous le sycomore une pierre au titre honorable : père et mère de trois prêtres. Et moi, je ne laisserai pas annuler la maison ni la tombe qu’à mon tour je dois édifier. Esprits célestes, accompagnez-moi : je viens vous quérir. Votre tâche de Borville est remplie ; c’est sur la sainte colline maintenant que tous les Baillard combattent… »

Des groupes pieux circulaient, priaient sur les tombes. Nul ne parla à Léopold de lui-même, car on savait qu’il était dans l’ennui,