Page:Barrès - La Colline inspirée, 1913.djvu/184

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Naturellement dure et âpre et le redevenant à mesure qu’elle perdait ses allures conventuelles, elle eût voulu transformer le monastère en une simple exploitation agricole. Quant à sœur Euphrasie, grosse fille aux yeux bleuâtres, aux joues pleines, et dont toute la confiance s’en allait à François, elle avait renoncé à apprendre l’A. B. C. aux petites filles de Saxon, et durant les heures de classe elle se promenait avec elles dans les champs, pour leur montrer comment on trouvait les sources avec la baguette magique, d’après la méthode de François.

Ainsi chaque sœur s’était modelée sur celui des Baillard qu’elle avait choisi. Des oppositions de nature qui existaient précédemment entre elles, et que dissimulait la règle, apparaissaient maintenant, compliquées par les caractères nouveaux qu’elles empruntaient de l’homme qui les dominait.

Dans cette anarchie, on ne s’entendait que sur un point : faire la guerre au Père Aubry, rendre la vie impossible au malheureux isolé. Quelle joie pour les bonnes sœurs si elles entendent qu’on a crié « Au corbeau ! » sur son passage, qu’il s’est à moitié démis le bras à la descente de Sion en butant contre une corde tendue le soir sur son chemin,