Page:Barrès - La Colline inspirée, 1913.djvu/188

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


Mais Colas n’avez-vous pas vu
Un des rois si camus
Et qui est encore plus noir qu’un cramail ?
Voilà bien longtemps qu’il n’a pas lavé son visage,
Il fera peur à l’Enfant.
Il n’a que les dents qui soient un peu blanches,
Ses lèvres se retroussent des deux côtés,
Et ses gens lui ressemblent aussi.

Le nègre, c’est l’Oblat, tout de noir vêtu, qui se tient là, cloué dans la neige par la surprise et le scandale. Les sœurs le montrent du doigt. Elles jettent les strophes comme des filles de village, un dimanche, en regardant passer les voitures, narguent, raillent et font les cornes aux promeneurs venus de la ville. Dans leur fidélité mystique, elles ont trouvé, à leur insu, un moyen qui, s’il n’est pas de leur état, est tout à fait de leur race, de dire au Régulier l’homme que leur cœur a choisi.

L’Oblat et ses compagnons ne peuvent supporter une telle audace. Ils invectivent contre les chanteuses qui, ravies de leur succès, reprennent en chœur une strophe nouvelle de la chanson :

Jean, je vois un goujat
Dessus un dromadaire
........

Le Père Aubry et ses gens s’éloignent dans la nuit vers Saxon, en mêlant aux injures populaires les plus savants exorcismes. Mais