Page:Barrès - La Colline inspirée, 1913.djvu/235

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laissant là Quirin et sa maudite invitée, se mit à courir de la cave au grenier.

Le cadet, resté seul avec la Noire Marie, entreprit de lui expliquer que la situation n’avait jamais été si brillante et que c’était extraordinaire de voir l’affection qu’ils inspiraient dans le pays.

— Mais pourtant, repartit la vieille, à Saxon il y en a beaucoup qui se sont séparés de vous. Apolline, tout à l’heure, vous arrangeait bien !

— Bah ! des jeunesses qui aiment à rire ! mais le rieur n’est pas mauvais. Comme je les connais, elles viendront dimanche réparer par une belle offrande la peine qu’elles font à la Vierge.

Cependant que le prestigieux Quirin essayait ainsi de duper une femme plus maligne que lui, les sieurs, les frères et François revenaient de leur battue à la cuisine, ne rapportant qu’une corde d’oignons, des choux et des pommes de terre germées, et ils tenaient un triste conseil de guerre sur la manière d’en tirer le meilleur parti, quand le frère Hubert, pour la première fois de sa vie, émit une opinion personnelle :

— Je sais que madame Marne, ce matin, cuisait une carpe. C’est une bonne femme. J’y cours.