Page:Barrès - La Colline inspirée, 1913.djvu/366

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lui, pressé par son imagination et par la terrible réalité, assuré que cet incendie dardait ses flammes contre les oblats profanateurs, il parcourait sans cesse du regard le ciel immense, espérant y voir les anges de la désolation se frayer une route lumineuse à travers les ténèbres de la nuit.

Personne jamais n’enregistra les coups et les redoublements d’une catastrophe avec l’ivresse qu’éprouvèrent les Vintrasiens de la colline. À chaque coup des canons de Toul ou de Langres, dont le bruit sourd ébranlait toute la Lorraine, le petit peuple des Baillard entonnait un furieux Gloria in excelsis, à se faire massacrer par les villages, s’ils l’avaient entendu. Léopold retrouva une seconde jeunesse. C’était comme s’il avait soulevé la pierre d’un caveau pour revenir à la lumière.

Chose étrange d’ailleurs et difficilement croyable, il y eut à ce moment, sous le drap de deuil, à ras de terre, un frémissement de liberté. Quelque chose s’était desserré. Sous cette dure discipline étrangère s’épanouissait une certaine licence, tout humble, toute plébéienne, un affranchissement des simples et des enfants. La disparition des agents de l’État donnait aux contribuables une béatitude inconnue. Le vin et tous les produits imposés