Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 11, 1922.djvu/100

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DON JUAN.

Mille dieux !… Mais oui !… Mais non !… Mais si !… Il n’y a pas de doute… Connais-tu le personnage femelle qui s’avance là, soutenu par des caméristes, chamarré comme une vieille idole, et, sous sa perruque, chauve comme une poule d’eau !


ALONSO.

Cette vieille caricature multicolore, là-bas ?


DON JUAN.

Dont personne ne pourrait dire avec quoi elle est teinte comme l’ancienne robe de Tyr… ce quartier de venaison… la belle Oltara… la célèbre courtisane !…


ALONSO.

La belle Oltara !… J’ai connu ça !…


DON JUAN.

Ma première maîtresse !… Ma première nuit d’amour !… Vieille, elle l’était déjà, mais elle se défendait, la diablesse… J’avais quinze ans quand j’ai franchi le seuil de son lit… Horreur ! Regarde ce fantôme des grâces, cette mortuaire Cythérée !

(Elle apparaît entre les grilles d’or, immense, formidable et tragique.)

ALONSO.

Pourquoi marche-t-elle soutenue et à pas comptés, comme si elle avançait dans la poix ?


DON JUAN.

Mais pour ne pas marcher avec des cannes, parbleu !… L’ankylose, la goutte, les tavelures, les vergetures, les boursouflures et les gerçures se livrent une bataille à chaque pas. Ma première