Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 11, 1922.djvu/101

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


maîtresse !… La voici !… Elle est solennellement effrayante comme l’amour et la mort conjoints…


ALONSO.

Horrible !… Horrible !…

(Don Juan marche à reculons caricaturalement en faisant des clins d’yeux et des saluts prosternés. La vieille sourit, traverse la scène entre ses deux caméristes, hoche la tête en marchant automatiquement et se retourne vers cet inconnu de façon tout à fait incendiaire, au moment de disparaître, monumentale et les mains étendues.)

DON JUAN, (crachant sur les dalles.)

Pff !… Pff !… La vieillesse, quelle abomination !… Pff !… L’as-tu vue découvrir en mon honneur son vieux sourire de jument harnachée ! Ô fraîcheur de la première étreinte !… Nuits de quinze ans, où êtes-vous ?… Elle aussi, comme la nonne du cloître, a baisé mon image qui revient peut-être vers elle peupler ses minuits septuagénaires !… Allons, il était dit que je clôturerais la cérémonie sur la résurrection de mon premier baiser !… Il n’y a que la jeunesse et la beauté qui vaillent !… Jette par contraste, je t’en supplie, un coup d’œil sur cette petite fille qui s’en vient prier, bien sage, son paroissien à la main… Le délicieux minois !… Est-ce assez joli ?… Tendre comme le cœur d’une amande verte !…


ALONSO.

Le fait est… Dans deux ou trois ans… une fois les seins poussés…


DON JUAN.

Quel printemps !… Cela ne vaut-il pas tout sur la terre ?

(La petite fille est entrée de gauche, du côté opposé à la sortie de la belle Oltara. Elle va au bénitier.)