Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 11, 1922.djvu/102

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Scène XIV


Les Mêmes, LA PETITE FILLE


ALONSO.

Don Juan jusqu’ici n’a jamais daigné jeter les yeux sur une enfant ; séducteur, mais pas vicieux !


DON JUAN.

Au-dessous de seize ans, jamais !… C’est un principe. Me crois-tu assez fou pour vouloir fricasser cette maigrelette sauterelle ?… Non, mais le contraste de tout ce deuil rend plus sensible la fraîcheur de la jeune pousse. Que cherche-t-elle ?… Ah ! le confessionnal, naturellement ! (La petite soulève le voile intérieur du confessionnal.) Le confessionnal, Alonso, mon ennemi héréditaire ! La bouche qui corrompt et la bouche qui absout !… Laisse-moi essayer la lame de mon épée. Je suis sûr, d’ailleurs, que le baiser de cette pucelle me portera chance…


ALONSO.

Ne nous mets pas en retard ! Au fait, puisqu’il t’a fallu cinq minutes pour conquérir la reine, il ne t’en faudra que deux pour conquérir la plus menue de ses sujettes.


DON JUAN.

Accorde-m’en cinq, j’accepte le pari ! (Il va à la petite fille qui bien sagement a étendu sur les dalles le tapis qu’elle portait sous les bras et s’est agenouillée dessus, selon la mode espagnole.) Votre confesseur va arriver ; ne vous impatientez pas, ma fille. Il est un peu en retard aujourd’hui. Je lui ai donné beaucoup de travail.