Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 11, 1922.djvu/149

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DON JUAN.

Parbleu ! (Déclamant.) « Oh ! élever la fiole précieuse d’un amour, dont pas une goutte ne doit s’échapper, enchaîner les ivres paroles qui déchirent, qui consolent, et dans le cœur éperdu les entendre tituber ! »


INÈS, (s’est levée comme extasiée. Elle s’approche sur la pointe du pied. Il fait semblant de ne pas la voir avancer et continue sa lecture. Elle bondit et, d’un coup de l’éventail brisé, elle envoie promener le livre.)

Imposteur !… Vous n’êtes qu’un escroc, pas autre chose ! Ah ! je vous y prends la main dans le sac !… Ce n’est pas seulement le nom que vous vous attribuez, c’est le génie d’un autre ! Âne bâté que vous êtes !… Avoir osé me berner de la sorte, moi !…

(Une colère sauvage l’envahit.)

DON JUAN, (riant.)

Je voulais voir l’effet de cette poésie sur vos méninges.


INÈS.

Ceci est de vous et barbouillez-vous-en la figure ! C’est le style d’un muletier !… Non, mais, voyez-moi cet enfariné qui voulait se faire passer pour un héros de roman !


ALONSO.

Du calme, toute belle !…


DON JUAN, (riant toujours avec amertume.)

Poésie !… Poésie !


ALONSO.

Précisément, Madame, apprenez que Don Juan…