Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 11, 1922.djvu/167

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DON JUAN, (sursaute.)

Hein ?…


PÉPILLA.

Pas moins !… Mettons neuf !


DON JUAN.

Gueuse !


PÉPILLA.

Vous ne voudriez tout de même pas, quand on a un amoureux de dix-huit ans…


DON JUAN, (vivement, farouche.)

Tais-toi !… Tais-toi !… Va-t’en !


PÉPILLA.

Oui, cela vaudra mieux pour vous, Monsieur Mariano. Allons, je vois ce que c’est… une bouteille vide… (Elle prend le livre des Mémoires.) Vous vous serez échauffé la cervelle à lire des polissonneries et à boire du manzanilla. C’est mauvais, Monsieur Mariano, à votre âge… Il faut aller vous reposer.


DON JUAN, (à lui-même, près de la cheminée.)

Moi !… À moi, Don Juan !… Une souillarde !… Dix douros !… Quelle humiliation !… Don Juan au tarif… jamais, jamais !…

(Alors, pour la première fois, devant une femme il pleure. Narquoise, indifférente, Pépilla s’avise que ses seins sont nus et ses cheveux défaits. Tranquille et cynique, en sifflant encore la chanson de la gaïta, elle rajuste et referme le corsage, non sans en avoir tourné le fruit, en riant, du côté de Don Juan. Elle saisit sur la table la rose qui penche au chapeau de Don Juan et l’engouffre, en riant, entre ses deux seins. Puis elle se recoiffe en chantant.)