Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 11, 1922.djvu/39

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Scène V


Les Mêmes, moins NUNEZ, un instant, puis CONSUELITO.


LE CHAPELAIN.

À cette parole conjugale, je présage qu’il va se passer des choses abominables !… Des yeux égarés, la respiration haletante, les cheveux qui se crépèlent comme ceux d’un nègre au sortir de sa couche… ce sont les indices que notre cher enfant n’est plus maître de lui-même !… Il avait l’air du madianite précipité sur Zophim, ne trouvez-vous pas !…


L’ÉCUYER.

Sois tout de même un peu plus clair, si tu veux que je te réponde.


LE CHAPELAIN.

Je dis qu’il nous faut souhaiter ardemment que l’épouse repose seule dans son lit !… J’ai peur !… Elle est si jeune… et sa parfaite conduite jusqu’à ce jour m’est garante du peu de résistance qu’elle offre au grand œuvre de la séduction !


L’ÉCUYER.

Quoi ?… Prétendrais-tu qu’une vieille débauchée est plus à l’abri des tentations que ne l’est l’innocence ?…


LE CHAPELAIN.

Ah ! mon fils, il est si facile à un pèlerin sans expérience de crier « Jérusalem ! » à la première bourgade qu’il aperçoit sur la route !


L’ÉCUYER.

Je ne sais pas si la duchesse a crié « Jérusalem » dans les bras de ce seigneur-là, mais…