Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 11, 1922.djvu/60

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ne doutez pas, en tout cas, de la parole d’un Nunez ?… D’ailleurs ces feuillets étaient revêtus d’un sac de cuir. Ils vont être remis dans leur gaine… et scellés devant vous. Je ne les lirai même pas. Ainsi je ne ramasse ni ne détruis. (Il appelle.) Mon sceau et la cire… (Le chapelain tend le sceau.) Appréciez, Monsieur, comme il convient, la valeur hautaine de ce geste… Je suis certain que, lorsque nous aurons juré l’un et l’autre l’inviolabilité de cette tombe, chrétienne malgré tout, pas un de nous deux n’osera faillir à son serment ! Si vous êtes sincère, et je le crois, vous ne pourrez que vous réjouir de cet arrêt.


LE CHAPELAIN, (s’inclinant.)

Juste, seigneur ! et noble comme un jugement antique !


NUNEZ, (approchant la cire de la flamme d’une torche.)

Vous ne dites mot, marquis de Estrella ? J’attends votre décision avec tranquillité.

(Silence.)

DON JUAN.

C’est juré. (Nunez appose le sceau.) Avancez la civière, placez une couverture sur la tête… Je veux lui dire le suprême adieu et prononcer l’oraison. (Les hommes obéissent. On avance la civière. La lune est plus radieuse encore et la nuit prodigue ses souffles musicaux.) Mon pauvre ami, tombé par le caprice insensé du hasard, dans cette belle nuit que tu as payée d’une éternité… mon pauvre ami, garde ces feuillets sur la poitrine qui les avait reçus. Ils te sont dus, ils t’appartiennent… Que les histoires d’amour naïves, méchantes ou folles qui contiennent la vie de Don Juan descendent au tombeau avec celui qui porte tout le poids et tout