Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 2, 1922.djvu/201

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PIERRE, l’interrompant.

Je m’en fiche. C’est de la passion, et de la plus déséquilibrée, encore !


ISABELLE.

Oh ! puis, la passion ! On ne s’en lassera alors jamais de ce vieux sentiment si fatigué, si usé ?… Voyons, Pierre, vous ne trouvez pas qu’il serait temps d’y substituer autre chose, un sentiment plus grand, plus noble, plus sain ?


PIERRE.

Là ! vous croyez avoir dit quelque chose de très fort ! On le voit à votre air épaté. Mais vous parlez comme une institutrice libérale ! Mais vous n’êtes rien moins qu’une émancipée, ma pauvre amie. Quelle illusion !… Et puis, diantre, attendez au moins demain matin. Vos idées changeront peut-être d’ici-là !


ISABELLE.

Continuez, vous m’amusez.


PIERRE.

Non, je vous vexe… Seulement, tant pis ! c’est agaçant… À la veille, que dis-je ? à la minute du sacrifice, vous avez une manière de sublime tranquille qui dépasse tout ce qu’on peut rêver !… (Sarcastique.) Hé ! toi, là-bas, l’homme, que penses-tu dans ton coin de cette conversation de soir de noces ?


GEORGES, négligé.

Continuez, je vous en prie, ne vous gênez pas pour moi.


ISABELLE.

Nous pensons de même, n’est-ce pas, Georges ? Oh ! nous nous sommes très approfondis.


GEORGES, se rapprochant, la boîte de cigares à la main.

En tout cas, un fond commun, que je ne crains pas d’avouer, c’est l’amour de la paix… Je redoute les orages sublimes… Je ne vois pas pourquoi je ne me passionnerais pas pour mon bonheur… mon travail aussi. J’aime