Page:Bazin - La Terre qui meurt, 1926.djvu/90

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— Oui, tous les meubles, répéta André. Les journaux l’annoncent. Tenez, si vous n’y croyez pas, voici la liste ! Elle est complète.

Il tira de sa poche un journal, et désigna du doigt une annonce, où le père lut laborieusement :

« Le dimanche 20 février, à huit heures du matin, il sera procédé par le ministère de maître Oulry, notaire à Challans, à la vente du mobilier du château de la Fromentière. On vendra : meubles de salon et de salle à manger, tapisseries anciennes, bahuts, tableaux, lits, tables, vaisselle, cristaux, vins, armes de chasse, garde-robe, bibliothèque, etc. »

— Eh bien ? demanda André.

— Oh ! dit le père, qui est-ce qui aurait dit cela, voilà huit ans ? Ils sont donc devenus pauvres à Paris ?

Il resta silencieux, ne voulant pas juger trop durement son maître.

— C’est la ruine, dit André. Après les meubles, ils vendront la terre, et nous avec !

Le chef de la Fromentière, successeur de tant de métayers des mêmes maîtres, se trouvait au milieu de la salle. Il leva ses paupières fatiguées, jusqu’à ce que ses yeux reçussent l’image du petit crucifix de cuivre pendu à la tête du lit. Puis il les rabaissa, en signe d’acceptation.

— Ça sera un grand malheur, dit-il ; mais ça n’empêchera pas de travailler !

Et il sortit, peut-être pour pleurer.




XII

L’ENCAN


Le 20 février était l’époque qu’il avait secrètement arrêtée pour quitter la Fromentière, quatre jours avant le départ d’un navire d’émigrants qu’il devait rejoindre à