Page:Bazin - La Terre qui meurt, 1926.djvu/98

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.



XIII

CEUX DE LA VILLE


Le métayer reprit vite connaissance. Il se redressa, regarda autour de lui, et, apercevant Mathurin qui se lamentait et disait : « Il est mort ! » répondit :

— Non, mon ami, je tiens toujours bon.

Aidé par le valet, il se recoucha.

Le lendemain, dès l’aube, il était dehors, et commençait une tournée à travers les fermes, afin d’apprendre quelque chose touchant le sort de son fils. Ni Mathurin, ni le valet, paraît-il, n’avaient eu le moindre soupçon de cette fuite d’André. Ils n’avaient rien vu, rien entendu. Toussaint Lumineau allait donc s’adresser aux amis anciens ou nouveaux qu’André avait fréquentés pendant les derniers mois, fils de métayers, bourriniers ou marins. Trois jours durant, il courut le Marais de Saint-Gervais à Fromentine, et de Sallertaine à Saint-Gilles. Ceux qu’il interrogea ne savaient que peu de chose ou ne voulaient pas compromettre celui qui s’était confié à eux. Ils s’accordèrent seulement à raconter qu’André parlait souvent de faire fortune au delà de la mer, où les terres sont neuves. Le mieux informé avoua :

— Dimanche, il a fait ses adieux à plusieurs, dont j’étais. Il m’a dit qu’il s’embarquait pour l’Amérique du Sud ; qu’il aurait, pour rien, une métairie de soixante journaux de belle terre, mais je ne connais pas le nom du petit pays où il s’établira.

Le soir du troisième jour, quand le père rentra avec cette réponse à la maison, il trouva l’infirme devant le feu.

— Mathurin, demanda-t-il, tu dois avoir encore des livres où il y a des dessins de pays, tu sais bien ?

— Des géographies ? Oui, de nos temps d’école il doit en rester. Pourquoi ?