Page:Beaugrand - Jeanne la fileuse, 1878.djvu/29

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vous être redite trop souvent et rappelez-vous que derrière la légende, il y a la leçon terrible d’un Dieu vengeur qui ordonne au riche de faire la charité.

C’était la veille du jour de l’an de grâce 1858.

Il faisait un froid sec et mordant.

La grande route qui longe la rive nord du Saint-Laurent de Montréal à Berthier était couverte d’une épaisse couche de neige, tombée avant la Noël.

Les chemins étaient lisses comme une glace de Venise. Aussi, fallait-il voir, si les fils des fermiers à l’aise des paroisses du fleuve, se plaisaient à « pousser » leurs chevaux fringants qui passaient comme le vent au son des joyeuses clochettes de leurs harnais argentés.

Je me trouvais en veillée chez le père Joseph Hervieux que vous connaissez tous. Vous savez aussi que sa maison qui est bâtie en pierre, est située à mi-chemin entre les églises de Lavaltrie et de Lanoraie. Il y avait fête ce soir-là chez le père Hervieux. Après avoir copieusement soupé, tous les membres de la famille s’étaient rassemblés dans la grande salle de réception.

Il est d’usage, que chaque famille canadienne donne un festin au dernier jour de chaque année,