Page:Beaugrand - Jeanne la fileuse, 1878.djvu/30

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afin de pouvoir saluer, à minuit, avec toutes les cérémonies voulues, l’arrivée de l’inconnue qui nous apporte à tous, une part de joies et de douleurs.

Il était dix heures du soir.

Les bambins, poussés par le sommeil, se laissaient les uns après les autres, rouler sur les robes de buffle qui avaient été étendues autour de l’immense poële à fourneau de la cuisine.

Seuls, les parents et les jeunes gens voulaient tenir tête à l’heure avancée, et se souhaiter mutuellement une bonne et heureuse année, avant de se retirer pour la nuit.

Une fillette vive et alerte, qui voyait la conversation languir, se leva tout à coup et allant déposer un baiser respectueux sur le front du grand-père de la famille, vieillard presque centenaire, lui dit d’une voix qu’elle savait irrésistible :

— Grand-père, redis-nous, je t’en prie, l’histoire de ta rencontre avec l’esprit de ce pauvre Jean-Pierre Beaudry — que Dieu ait pitié de son âme — que tu nous racontas l’an dernier, à pareille époque. C’est une histoire bien triste, il est vrai, mais ça nous aidera à passer le temps en attendant minuit.

— Oh ! oui ! grand-père, l’histoire du jour de l’an, répétèrent en chœur, les convives qui étaient presque tous les descendants du vieillard.