Page:Beaumarchais - Œuvres complètes, Laplace, 1876.djvu/245

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Scène XI

Les acteurs précédents, excepté BASILE.

Bartholo, riant.

Ah ! ah ! ah ! ah !


Figaro, sautant de joie.

Donc à la fin j’aurai ma femme !


Le Comte, à part.

Moi, ma maîtresse !

(Il se lève.)

Brid’oison, à Marceline.

Et tou-out le monde est satisfait.


Le Comte.

Qu’on dresse les deux contrats ; j’y signerai.

Tous ensemble Vivat !

(Ils sortent.)

Le Comte.

J’ai besoin d’une heure de retraite.

(Il veut sortir avec les autres.)



Scène XII

GRIPPE-SOLEIL, FIGARO, MARCELINE, LE COMTE.

Grippe-Soleil, à Figaro.

Et moi je vais aider à ranger le feu d’artifice sous les grands marronniers, comme on l’a dit.


Le Comte revient en courant.

Quel sot a donné un tel ordre ?


Figaro.

Où est le mal ?


Le Comte, vivement.

Et la comtesse qui est incommodée, d’où le verra-t-elle, l’artifice ? C’est sur la terrasse qu’il le faut, vis-à-vis de son appartement.


Figaro.

Tu l’entends, Grippe-Soleil ? la terrasse.


Le Comte.

Sous les grands marronniers ! belle idée ! (En s’en allant, à part.) Ils allaient incendier mon rendez-vous !



Scène XIII

FIGARO, MARCELINE.

Figaro.

Quel excès d’attention pour sa femme !

(Il veut sortir.)

Marceline l’arrête.

Deux mots, mon fils. Je veux m’acquitter avec toi : un sentiment mal dirigé m’avait rendue injuste envers ta charmante femme ; je la supposais d’accord avec le comte, quoique j’eusse appris de Basile qu’elle l’avait toujours rebuté.


Figaro.

Vous connaissiez mal votre fils de le croire ébranlé par ces impulsions féminines. Je puis défier la plus rusée de m’en faire accroire.


Marceline.

Il est toujours heureux de le penser, mon fils ; la jalousie…


Figaro.

… N’est qu’un sot enfant de l’orgueil, ou c’est la maladie d’un fou. Oh ! j’ai là-dessus, ma mère, une philosophie… imperturbable ; et si Suzanne doit me tromper un jour, je le lui pardonne d’avance ; elle aura longtemps travaillé…

(Il se retourne et aperçoit Fanchette qui cherche de côté et d’autre.)



Scène XIV

FIGARO, FANCHETTE, MARCELINE.

Figaro.

Eeeh… ma petite cousine qui nous écoutes.


Fanchette.

Oh ! pour ça, non : on dit que c’est malhonnête.


Figaro.

Il est vrai ; mais comme cela est utile, on fait aller souvent l’un pour l’autre.


Fanchette.

Je regardais si quelqu’un était là.


Figaro.

Déjà dissimulée, friponne ! vous savez bien qu’il n’y peut être.


Fanchette.

Et qui donc ?


Figaro.

Chérubin.


Fanchette.

Ce n’est pas lui que je cherche, car je sais fort bien où il est ; c’est ma cousine Suzanne.


Figaro.

Et que lui veut ma petite cousine ?


Fanchette.

À vous, petit cousin, je le dirai. — C’est… ce n’est qu’une épingle que je veux lui remettre.


Figaro, vivement.

Une épingle ! une épingle !… et de quelle part, coquine ? À votre âge, vous faites déjà un mét… (Il se reprend, et dit d’un ton doux.) Vous faites déjà très bien tout ce que vous entreprenez, Fanchette ; et ma jolie cousine est si obligeante…


Fanchette.

À qui donc en a-t-il de se fâcher ? Je m’en vais.


Figaro, l’arrêtant.

Non, non, je badine ; tiens, ta petite épingle est celle que monseigneur t’a dit de remettre à Suzanne, et qui servait à cacheter un petit papier qu’il tenait. Tu vois que je suis au fait.


Fanchette.

Pourquoi donc le demander, quand vous le savez si bien ?


Figaro, cherchant.

C’est qu’il est assez gai de savoir comment monseigneur s’y est pris pour t’en donner la commission.