Page:Beaumarchais - Œuvres complètes, Laplace, 1876.djvu/257

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Le Comte, regardant la Comtesse et Suzanne.

Ah ! qu’est-ce que je vois ?


Brid’oison, riant.

Eh ! pardi, c’è-est madame.


Le Comte veut relever la comtesse.

Quoi ! c’était vous, comtesse ? (D’un ton suppliant.) Il n’y a qu’un pardon bien généreux…


La Comtesse, en riant.

Vous diriez Non, non, à ma place ; et moi, pour la troisième fois d’aujourd’hui, je l’accorde sans condition.

(Elle se relève.)

Suzanne se relève.

Moi aussi.


Marceline se relève.

Moi aussi.


Figaro se relève.

Moi aussi. Il y a de l’écho ici !

(Tous se relèvent.)

Le Comte.

De l’écho ! — J’ai voulu ruser avec eux ; ils m’ont traité comme un enfant !


La Comtesse, en riant.

Ne le regrettez pas, monsieur le comte.


Figaro, s’essuyant les genoux avec son chapeau.

Une petite journée comme celle-ci forme bien un ambassadeur !


Le Comte, à Suzanne.

Ce billet fermé d’une épingle…


Suzanne.

C’est madame qui l’avait dicté.


Le Comte.

La réponse lui en est bien due.

(Il baise la main de la comtesse.)

La Comtesse.

Chacun aura ce qui lui appartient.

(Elle donne la bourse à Figaro, et le diamant à Suzanne.)

Suzanne, à Figaro.

Encore une dot.


Figaro, frappant la bourse dans sa main.

Et de trois. Celle-ci fut rude à arracher !


Suzanne.

Comme notre mariage.


Grippe-Soleil.

Et la jarretière de la mariée, l’aurons-je ?


La Comtesse arrache le ruban qu’elle a tant gardé dans son sein, et le jette à terre.

La jarretière ? Elle était avec ses habits : la voilà.

(Les garçons de la noce veulent la ramasser.)

Chérubin, plus alerte, court la prendre, et dit :

Que celui qui la veut vienne me la disputer.


Le Comte, en riant, au page.

Pour un monsieur si chatouilleux, qu’avez-vous trouvé de gai à certain soufflet de tantôt ?


Chérubin, recule en tirant à moitié son épée.

À moi, mon colonel ?


Figaro, avec une colère comique.

C’est sur ma joue qu’il l’a reçu : voilà comme les grands font justice !


Le Comte, riant.

C’est sur ta joue ? Ah ! ah ! ah ! qu’en dites-vous donc, ma chère comtesse ?


La Comtesse, absorbée, revient à elle et dit avec sensibilité :

Ah ! oui, cher comte, et pour la vie, sans distraction, je vous le jure.


Le Comte, frappant sur l’épaule du juge.

Et vous, don Brid’oison, votre avis maintenant ?


Brid’oison.

Su-ur tout ce que je vois, monsieur Le comte ?… Ma-a foi, pour moi, je-e ne sais que vous dire : voilà ma façon de penser.


Tous ensemble.

Bien jugé !


Figaro.

J’étais pauvre, on me méprisait. J’ai montré quelque esprit, la haine est accourue. Une jolie femme et de la fortune…


Bartholo, en riant.

Les cœurs vont te revenir en foule.


Figaro.

Est-il possible ?


Bartholo.

Je les connais.


Figaro, saluant les spectateurs.

Ma femme et mon bien mis à part, tous me feront honneur et plaisir.

(On joue la ritournelle du vaudeville.
VAUDEVILLE

Basile.
Premier couplet.

Triple dot, femme superbe,
Que de biens pour un époux !
D’un seigneur, d’un page imberbe,
Quelque sot serait jaloux.
Du latin d’un vieux proverbe,
L’homme adroit fait son parti.


Figaro.


Je le sais…

(Il chante.)

Gaudeant bene nati !


Basile.


Non…

(Il chante :)

Gaudeant bene nanti !


Suzanne.
Deuxième couplet.

Qu’un mari sa foi trahisse,
Il s’en vante, et chacun rit ;
Que sa femme ait un caprice,
S’il l’accuse, on la punit.
De cette absurde injustice
Faut-il dire le pourquoi ?
Les plus forts ont fait la loi. (Bis.)