Page:Beaumarchais - Œuvres complètes, Laplace, 1876.djvu/370

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aujourd’hui, en lisant ce que je réponds aux quatre audiences ?

Loin d’avoir eu quatre audiences de M. Goëzman, tant par moi que par mes amis, je déclare hautement que Me Falconet, avocat, arrivé depuis quelques jours d’un voyage de trois mois, donne le démenti le plus formel à quiconque ose avancer que M. Goëzman lui a donné, le vendredi 2 avril, aucune audience chez lui pour moi, ou que cet avocat ait jamais mis le pied chez M. Goëzman en aucun autre instant que le samedi 3, au soir, avec le sieur Santerre et moi. Cela est-il clair ?

Je déclare encore que M. de la Châtaigneraie, loin d’avoir reçu, le dimanche 4 avril, aucune audience pour moi, n’a été chez M. Goëzman que pour essayer de m’en obtenir une, que ce rapporteur lui promit pour le lundi matin 5 avril, et qui n’a pas été donnée, quoique M. de la Châtaigneraie, sur la foi de cette promesse, ait vainement essayé le lundi de me servir d’introducteur. Je déclare que M. de la Châtaigneraie, loin de chercher à résoudre les objections de M. Goëzman, tira au contraire de son silence l’occasion de solliciter ce rapporteur, pour qu’il voulût bien me les faire à moi-même.

Je déclare en outre que je consens et me soumets à toutes les peines méritées pour celui des deux qui en impose au parlement et au public, M. Goëzman ou moi, si l’homme sermenté qui m’accompagnait, si le sieur Santerre n’atteste pas encore à la cour que je ne suis entré le samedi 3 avril qu’une seule fois, à neuf heures du soir chez M. Goëzman, accompagné de Me Falconet et de lui.

Ainsi, loin d’avoir obtenu de ce très-peu véridique rapporteur les quatre audiences qu’il articule, je déclare que je n’en ai reçu qu’une, et que cette une encore, je ne l’aurais pas obtenue si je ne l’eusse payée d’avance cent louis d’or.

Je déclare que je n’ai jamais chargé personne de faire aucun pacte avec madame Goëzman au sujet de cet or, et que, quand on vint me dire, le dimanche au soir 4, que madame Goëzman, en promettant une seconde audience, avait dit : Et si je ne puis la lui faire avoir, je rendrai tout ce que j’ai reçu ; je m’écriai devant tous mes amis, en me frappant le front : C’en est fait, j’ai perdu mon procès ! Cette offre inopinée de tout rendre en est le funeste présage.

Voilà mes réponses, mes discussions, mes déclarations ; et je signe exprès mon mémoire en cet endroit, parce que j’entends que tout le contenu de cet article tourne à ma honte, attire sur ma tête la juste punition, l’anathème et la proscription qui m’est due, si l’information que la cour ne me refusera pas à ce sujet y apporte le plus léger changement ; et j’en dépose un exemplaire au greffe, avec ces mots de ma main :

Caron de Beaumarchais.

Ne varietur

Regagnons à présent le temps perdu, madame.

Parcourant rapidement les objets auxquels vous avez vous-même donné moins d’importance (page 22 de votre mémoire), je vois un coup de crayon à la marge. Il s’agit de Me de Junquières, que vous faites s’écrier, à l’occasion des propos qu’on tenait sur votre compte : C’est une infamie de Beaumarchais. Pour ce Junquières-là, comme son métier est de défendre les autres, et qu’il a bec et ongles, entre vous le débat, messieurs ; mais je vous avertis qu’il donne le plus formel et public démenti à votre phrase, et qu’il prend à témoin de la fausseté de votre citation M. le procureur devant lequel il parlait alors. À mon égard, il est certain que je confiai dans le temps à Me de Junquières tout ce qui s’était passé entre madame Goëzman et le Jay : je n’ai point trouvé mauvais qu’il vous l’eût rendu ; je le lui ai dit depuis. Voilà le fait, dont la discussion ne vaut pas une ligne de plus.

En revanche, en voici un qui mérite attention. Votre objet ici, madame, est d’essayer de disculper M. Goëzman d’avoir été l’instigateur, le compositeur et l’écrivain de la minute de la première déclaration attribuée à le Jay ; c’est vous qui parlez (p. 23) : Le Jay monta dans le cabinet de M. Goëzman, se mit à son bureau (fort bien jusque-là) ; et, comme il est fort peu lettré, quoique libraire, il pria mon mari de lui arranger, dans la forme d’une déclaration, les faits don il venait de lui rendre compte (le Jay a protesté, dans ses interrogatoires, qu’on ne lui avait fait qu’une seule question, et qu’il n’avait répondu qu’un mot) ;’en conséquence, il fut fait un brouillon (n’oublions pas il fut fait) ; il fut fait un brouillon, que mon mari corrigea en plusieurs endroits (à moins de convenir de tout, on ne peut mieux parler) ; et il quitta ensuite le sieur le Jay (il fallait le quitter avant), qui écrivit et signa en ma présence la déclaration suivante, etc., etc.

Ainsi, vous convenez, madame, que votre mari arrangea les faits en forme de déclaration ; vous convenez que votre mari corrigea le brouillon en plusieurs endroits ; vous convenez que le Jay écrivit en suite du départ de votre mari : ce qui indique assez qu’il n’avait pas écrit avant son départ. En tout cela il n’y a que ces mots : il fut fait, d’équivoques ; tout le reste marche assez bien. Il fut fait ! charmante tournure pour laisser le monde incertain si ce brouillon fut fait par M. Goëzman ou par le Jay ! Mais de cela seul, madame, que vous ne dites pas à pleine bouche : Le Jay se mit au bureau de mon mari, où il écrivit librement et de son chef la déclaration, on en peut conclure hardiment que ce fut M. Goëzman qui fit la minute. Vous n’êtes pas gens à ménager l’adversaire, quand vous croyez avoir de l’avantage sur lui. Mais, comme une négation formelle vous eût trop exposés l’un et l’autre, aujourd’hui que j’ai prouvé par mon supplément que M. Goëzman a fait la