Page:Beaumont - Marie ou l’esclavage aux États-Unis, éd. Gosselin, 1840.djvu/262

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moyen de les faire disparaître de la société où ils étaient esclaves.

À cet égard deux systèmes ont été proposés.

Le premier est celui de Jefferson[1], qui voudrait qu’après avoir aboli l’esclavage on assignât aux nègres une portion du territoire américain, où ils vivraient séparés des blancs.

On est frappé tout d’abord de ce qu’un pareil système renferme de vicieux et d’impolitique. Sa conséquence immédiate serait d’établir sur le sol des États-Unis deux sociétés distinctes, composées de deux races qui se haïssent secrètement et dont l’inimitié serait désormais avouée ; ce serait créer une nation voisine et ennemie pour les États-Unis, qui ont le bonheur de n’avoir ni ennemis ni voisins.

Mais, depuis que Jefferson a indiqué ce mode étrange de séparer les nègres des blancs, un autre moyen a été trouvé auquel on ne peut reprocher les mêmes inconvénients.

Une colonie de nègres affranchis a été fondée à Liberia sur la côte d’Afrique (6e degré de latitude nord).[2]

Des sociétés philantropiques se sont formées pour l’établissement, la surveillance et l’entretien de cette colonie qui déjà prospère. Au commencement de l’année 1834, elle contenait trois mille habitants, tous nègres libres et affranchis, émigrés des États-Unis.

Certes, si l’affranchissement universel des noirs était possible et qu’on pût les transporter tous à Liberia, ce serait un bien sans aucun mélange de mal. Mais le transport des affranchis, d’Amérique en Afrique, pourra-t-il jamais s’exécuter sur un vaste plan ? Outre les frais de rachat que je suppose couverts, ceux de transport seraient seuls considérables ; on a reconnu que, pour chaque nègre ainsi transporté, il en coûte 30 dollars (160 fr.), ce qui pour 2 millions de nègres fait une somme de 318 millions de francs à ajouter aux 1,200 millions précédents. Ainsi à mesure qu’on pénètre dans le fond de la question on marche d’obstacle en obstacle.

Maintenant je suppose encore résolues ces premières difficultés ;

  1. Notes sur la Virginie, p. 119.
  2. V. sur l’origine et les progrès de cette colonie, les rapports annuels de la société de colonisation.