Page:Bedier - La Chanson de Roland.djvu/139

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CXIII

Marsile voit le martyre des siens. Il fait sonner ses cors et ses buccines, puis chevauche avec le ban de sa grande armée. En avant, chevauche un Sarrasin, Abisme : il n’y a plus félon dans sa troupe. Il est plein de vices et de grands crimes, il ne croit pas en Dieu, le fils de sainte Marie. Il est aussi noir que poix fondue ; mieux que tout l’or de Galice, il aime le meurtre et la traîtrise. Jamais nul ne le vit jouer ni rire. Mais il est vaillant et très téméraire, et c’est pourquoi il est cher au félon roi Marsile. Il porte son dragon, auquel se rallie la gent sarrasine. L’archevêque ne saurait guère l’aimer ; dès qu’il le voit, il désire le frapper. Tout bas il se dit à lui-même : « Ce Sarrasin me semble fort hérétique. Le mieux, de beaucoup, est que j’aille l’occire : jamais je n’aimai couard ni couardise. »

CXIV

L’archevêque commence la bataille. Il monte le cheval qu’il prit à Grossaille, un roi qu’il avait tué en Danemark. Le destrier est bien allant, rapide ; il a les fers dégagés, les jambes plates, la cuisse courte et la croupe large, les flancs allongés et l’échine bien haute, la queue blanche et le toupet jaune, les oreilles petites, la tête toute