Page:Bedier - La Chanson de Roland.djvu/221

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CLXXXVII

Le roi Marsile s’enfuit à Saragosse. Sous un olivier il a mis pied à terre, à l’ombre. Il rend à ses hommes son épée, son heaume et sa brogne ; sur l’herbe verte il se couche misérablement. Il a perdu en entier la main droite ; pour le sang qu’il perd, il se pâme d’angoisse. Devant lui sa femme, Bramimonde, pleure et crie, hautement se lamente. Avec elle plus de vingt mille hommes, qui maudissent Charles et douce France. Vers Apollin ils courent, dans une crypte, le querellent, l’outragent laidement : « Ah ! mauvais dieu ! Pourquoi nous fais-tu pareille honte ? Pourquoi as-tu souffert la ruine de notre roi ? Qui te sert bien, tu lui donnes un mauvais salaire ! » Puis ils lui enlèvent son sceptre et sa couronne […], le renversent par terre à leurs pieds, le battent et le brisent à coups de forts bâtons. Puis, à Tervagan, ils arrachent son escarboucle ; Mahomet, ils le jettent dans un fossé, et porcs et chiens le mordent et le foulent.

CLXXXVIII

Marsile est revenu de pâmoison. Il se fait porter dans sa chambre voûtée : des signes de diverses couleurs y sont peints et tracés. Et la reine Bramimonde pleure sur lui, s’arrache les cheveux : « Chétive ! » dit-elle, puis à haute voix