Page:Bedier - La Chanson de Roland.djvu/233

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magne ; il se fait fort de le tuer ou de le réduire à merci. » Bramimonde dit : « Pourquoi irait-il si loin ? Plus près d’ici vous pourrez trouver les Francs. Voilà sept ans que l’empereur est en ce pays ; il est hardi, bon combattant ; il mourrait plutôt que de fuir d’un champ de bataille ; sous le ciel, il n’y a roi qu’il craigne plus qu’on craindrait un enfant. Charles ne redoute homme qui vive. »

CXCVII

« Laissez ! » dit le roi Marsile ; et aux messagers : « Seigneurs, c’est à moi qu’il faut parler. Vous le voyez, la mort m’étreint et je n’ai ni fils, ni fille, ni héritier. J’en avais un : celui-là fut tué hier soir. Dites à mon seigneur qu’il me vienne voir. L’émir a droit sur la terre d’Espagne. Je la lui rends en franchise, s’il la veut, mais qu’il la défende contre les Français ! Je lui donnerai, quant à Charlemagne, un bon conseil : de ce jour en un mois il le tiendra prisonnier. Vous lui porterez les clefs de Saragosse. Puis dites-lui qu’il ne s’en ira pas, s’il m’en croit. » Ils répondent : « Seigneur, vous dites bien. »

CXCVIII

Marsile dit : « Charles l’empereur m’a tué mes hommes, il a ravagé ma terre. Mes cités, il les a forcées et violées. Cette nuit il a couché aux rives de l’Èbre ; ce n’est qu’à sept lieues d’ici,