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Page:Bentzon - Le Roman d’un muet, 1868.djvu/250

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— Et vous, s’écria-t-elle avec une explosion de colère contre sa propre faiblesse, quel droit avez-vous de venir ainsi m’enlever mon repos ? Qui suis-je moi-même pour que votre voix ait gardé le secret d’égarer ma pensée ?

C’était là un aveu. Gaston en profita. Tout ce que la jeunesse, l’enthousiasme, la fièvre, peuvent dicter de persuasif et de délirant, il le trouva pour lui démontrer que la liberté du cœur est inaliénable, que la passion a ses immuables franchises, qu’elle peut se rire éternellement des jougs factices qu’on cherche à lui imposer, que le crime serait de repousser le bonheur qui vient à vous.

Et elle l’écoutait incrédule et fascinée ; les instants s’écoulaient. Le soleil dissipait les petits nuages floconneux qui l’avaient enveloppé jusque-là ; les pelouses, les arbres, se