Page:Bergerat - Contes de Caliban, 1909.djvu/103

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extravagant de toute la bohème ternoise. L’atelier leur servait à la fois de salon, de salle à manger, de cabinet de toilette, de cuisine et de toute salle imaginable. C’était un labyrinthe dont Lazoche seul connaissait les détours, inextricables pour tout autre.

A onze heures, Lazoche donnait un tour de clef à l’atelier et s’en allait chercher le déjeuner, invariablement composé de deux petits pains, d’un litre de vin, d’une tranche de galantine truffée, d’un cornet de crevettes et d’un morceau de brie que l’on mangeait sur le coin de la table, au milieu des tubes de couleurs, dans les papiers mêmes qui les avaient enveloppés. Cela évite de laver les assiettes et, comme disait Mme Lazoche, l’aria de se mettre en cuisine. Le reste du café de la veille, réchauffé sur le poêle, complétait le repas, repas de paresseux s’il en fut. Dans la journée, Lazoche confectionnait ses Venises et Mme Lazoche s’habillait : cela durait jusqu’à cinq heures. Lasse, molle et traînante, elle allait d’un coin à l’autre en bâillant, s’allongeant ici sur le canapé, oisive, puis s’accoudant à la fenêtre et regardant dans la rue sans voir, une heure entière ; enfin, elle s’asseyait devant le miroir et commençait à se démêler lentement, coiffait