Page:Bergerat - Contes de Caliban, 1909.djvu/25

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L’avenue lui en offrait une moisson abondante et toute cueillie, que le tir du marin en délire tranchait sur tiges. Il n’y avait qu’à se baisser pour y ramasser des gerbes odorantes. L’abbé Garbut ne put y tenir et, du perron de l’église, il s’élança sur la place, en faisant déjà tablier de sa soutane. Et comme il se baissait pour le remplir, un boulet de canon enragé, le dernier, l’abattit sur le trottoir comme une quille.

Bibi et Coco le virent tomber, et ils le reconnurent. Ils venaient de lâcher le Jean-Bart et sa caronade épuisée de munitions, et ils songeaient à se tapir dans quelque trou sérieux, pour se soustraire à la curiosité d’un nombre grossissant de pantalons rouges qui surgissaient de toutes les rues traversières et dessinaient leur mouvement de jonction vers le centre du quartier.

— As-tu vu ?… dit Coco à Bibi, le dernier est dans le mille. Tu sais, c’est le vicaire.

— Oui, pas de chance, fit Bibi à Coco, c’est un zig, quoique ratichon.

— Ça, pour sûr que celui-là n’a jamais fait de mal à personne.

Et ils se regardèrent.

— Si qu’on allait le ramasser ? Ils vont le piétiner.