Page:Bergerat - Contes de Caliban, 1909.djvu/26

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— J’allais te l’offrir. Ça épatera les Versaillais.

Et ils coururent au pauvre prêtre, étendu sur une jonchée de fleurs d’acacias, les côtes broyées, mais respirant encore.

— M’sieu Garbut…. M’sieu le curé, ça ne va donc pas ? C’est nous, Coco et Bibi, les mauvais du catéchisme. Où voulez-vous qu’on vous transbahute ?

Le moribond souleva la paupière, les regarda et sourit. La réponse muette était dans l’angélisme du sourire, elle disait : « Là-haut, aux pieds de madame Mère ! » Mais les jeunes mécréants ne savaient pas la langue. Ils comprirent pourtant quelque chose, d’assez vague il est vrai, dans le dernier vœu tacite du « calotin », et qu’il s’agissait de deviner. « Quoi qu’il veut ? » se demandaient-ils, assez profondément remués par cette agonie sans plaintes, extatique et pour eux inexplicable.

L’art de bien mourir est celui que, dans toutes les classes, le Parisien de Paris admire le plus, parce qu’il y excelle. C’est même à ce signe certain qu’on reconnaît l’autochtone. Ce goût ethnique, et tout gaulois, je pense, pour la mort, est le secret de l’espèce de joie qui a régné, sous la Commune, chez les fédérés, et