Page:Bergerat - Contes de Caliban, 1909.djvu/31

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universel, dont il faut bien alimenter les urnes dévorantes ? A moins que, dans sa bonté infinie, il ne veuille pourvoir au recrutement du fonctionnarisme, comme lui-même éternel, et que, dans ce but, il ne moule et remoule sans fin entre les miséricordieuses nuées le type administratif du parfait employé ? De cette espèce de « roseau pensant » Blaise Pascal eût béni, en Paul Legris, ce que j’appellerai le bambou de la bamboula française, pour en spécifier l’espèce, abondante aux Batignolles.

Et Paul Legris, le matin, allait à son bureau, puis il en revenait, le soir, avec ou sans parapluie, selon les oracles météorologiques, ponctuel, machinal, impersonnel, insipidement. Une partie de dominos à l’estaminet le traînait jusqu’à l’heure du dîner qu’il rentrait prendre avec sa femme, à leur cinquième, et, la pipe fumée, il se mettait au lit et s’endormait, ayant vécu. L’État « émolue » ce service de dix-huit cent livres par an : il emploie à ce prix cent mille diplômés des lettres et des sciences, et trois cent mille autres attendent, pâles de faim, à sa porte, leur tour de se vendre, âme et corps, à l’abrutissement salarié ! Oh ! dans les pampas et les savanes, courir le buffle, rifle au dos !… Mais laissons.