Page:Bergerat - Contes de Caliban, 1909.djvu/32

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Durant ce temps, les frelons d’amour bourdonnaient autour de l’œillet du dix-septième.

Un jour enfin l’enfant s’annonça. Puis il vint, un 20 mai, fête de saint Hilaire, évêque d’Arles en Provence. Neuf livres de chair à canon, que le baptême fit chrétienne. Et voici qu’un rayon de la grande joie naturelle illumina le pauvre front de l’is pater responsable, marqué pour l’être et béni du ciel dans ses œuvres. Il allait, léger, allègre, exhaussé par sa paternité, à son bureau, à son café, dans les rues, partout clamant l’hosanna du poupon colossal et faisant à lui seul tout le bruit de l’étable autour de cette nativité.

Les Batignollais sont de fort bonnes gens, acquis à l’optimisme, et incapables de s’arracher entre eux, du nez, les lunettes roses de l’illusion conjugale. Pour ces sages du vieux jeu, l’enfant qui vient, d’où qu’il vienne, est toujours le bienvenu et son père est félicitable. Paul Legris passait entre deux haies de poignées de mains. La chance proverbiale et signalétique lui échut, d’abord sous forme de gratification, puis, au jour de l’An, d’avancement : il fit même un petit héritage.

Hilaire, superbement allaité, tournait au produit de concours. Il était l’enfant gras, ce