Page:Bergerat - Contes de Caliban, 1909.djvu/41

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outre, j’avais beaucoup connu l’amant dont la perte enténébrait cette âme, et le hasard d’une causerie le lui ayant appris, elle avait accroché son éternelle douleur à mes souvenirs de jeunesse.

Un jour elle me parla franchement de lui. Elle m’avoua qu’elle était en communication constante avec l’esprit du bien-aimé. Il ne la quittait pour ainsi dire point, flottant autour d’elle, et l’enveloppant de sa présence impalpable.

— Non seulement, me dit-elle, il n’a point cessé de m’aimer, mais il m’aime de plus en plus, il me désire, il m’appelle, il m’attire, il pleure, et son désespoir me laisse brisée. Je ne tarderai point à le rejoindre, je le sens et l’espère.

Je lui donnai à observer que, pour que son départ fût efficace et suivi d’une bonne arrivée, il convenait d’abord de savoir en quel lieu de l’au-delà le cher amant résidait, et qu’il y allait de leur réunion.

— Selon la foi que vous confessez, fis-je, et qui est la bonne, il y a là-haut deux séjours bien distincts pour les âmes désincorporées, et il n’y en a que deux qui sont : le paradis et l’enfer. Tâchez donc de savoir de lui-même où