Page:Bergerat - Contes de Caliban, 1909.djvu/67

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L’inspection du « motif » ne fut pas longue. J’en trouvai tout de suite le point de vue sur la rive opposée de l’étang, en face du moulin croulant qui, reflété à angle droit, y doublait ses décombres. J’avais planté mon petit chevalet à l’ombre d’un castel Louis XIII, encadré d’une futaie de hêtres centenaires, dont l’abandon s’accordait au délabrement de sa dépendance domaniale, et je commençais à mettre bien en toile mon admirable paysage, lorsqu’il me sembla ouïr sur la route du vallon le bruit ouaté d’un roulement d’automobile. Et il en déboucha une, en effet, dans la solitude. « Des touristes, pensai-je, ils vont passer ? » Mais la voiture s’arrêta devant le moulin et il en sortit aussitôt deux hommes, une femme, un petit garçon et un chien de terre-neuve.

Toute superstition écartée, la composition du groupe était assez étrange, et je dus, pour ne pas en rester frappé, me souvenir que le troisième verre de vin topaze avait été suivi, sur le pas de l’auberge, d’un quatrième de surcroît, dit : coup de l’étrier. Sans doute il m’embrumait un peu la rétine ? Ma mise en toile cependant était d’un dessin ferme.

La femme, passable seulement de visage, se moulait élégamment dans un costume tailleur,