Page:Bergerat - Contes de Caliban, 1909.djvu/76

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quand je le vis se prendre d’heure en heure, comme un conscrit, dans la tignasse de l’Anglaise. Mais je n’aurais jamais cru ça, non, jamais je n’aurais cru….

« Nous ne tardâmes pas à être debout l’un et l’autre et prêts à recommencer. Mais, outre qu’il n’y avait plus d’empereur, nous étions bel et bien prisonniers de guerre, et par conséquent forcés de moisir en Angleterre. Je me mis à donner des leçons de limousin, d’où le français dérive, et le général resta campé chez la belle hôtesse, qui ne voulut pas le laisser partir. Il se laissa faire violence et, au bout d’un mois, il filait quenouille à ses pieds. Tu sauras un jour, mon garçon, ce qu’une jolie blonde peut faire d’un grenadier. Il n’y a plus d’empereur, il n’y a plus de France, il ne reste qu’un pauvre bougre au bout d’un fil, comme un chien, derrière une jupe. Elle en obtenait ce qu’elle voulait d’un sourire, rien qu’en se cardant devant lui, et tout, te dis-je, excepté cependant une chose, à savoir qu’il lui parlât de Waterloo.

« Sur ce chapitre, bouche cousue. Il la regardait, sans répondre, de ses yeux bretons, couleur de mer, et, si elle insistait, il lâchait la quenouille et s’en allait errer dans ces rues aux noms impossibles, où il n’y a qu’à dire : « Dieu