Page:Bergerat - Contes de Caliban, 1909.djvu/78

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oncle doit t’apprendre, que moins elles nous aiment, plus nous les aimons ; c’est la sacrée nature qui veut ça. Le pauvre général en tirait la langue d’une aune. Elle en jouait comme d’une souris. A chaque visite que je lui faisais, je constatais son dépérissement.

« — Ah çà ! mais, qu’est-ce que vous avez donc, mon supérieur ? C’est-il la France qui vous ronge ?

« Et je lui racontais, pour le consoler, qu’ils l’avaient flanqué dans une île à requins et qu’il n’y avait plus rien à faire, là-bas, pour les grognards. Mais il ne m’écoutait pas plus que le chant du merle dans une batterie. Un matin, enfin, il jeta son caveçon :

« — Peyrot, il faut que je me marie.

« — Vous ! Où ça ?

« — Ici.

« Et ce fut tout. J’avais compris. On ne discutait pas avec Cambronne.

« — Alors, la garde se rend ? fut tout ce que je trouvai à lui dire, et je pleurai, mon gars, moi, un dur-à-cuire, comme une demoiselle.

« La fin de l’histoire n’est pas longue. A quarante-cinq ans on ne se défend plus ; Cambronne demanda sa main à la veuve. Elle n’y mit qu’une condition, et tu la devines ?…