Page:Bergerat - Contes de Caliban, 1909.djvu/83

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croisés fascinés par Pierre l’Ermite allaient derrière ce moine Saint Sépulcre.

De telle sorte qu’il en avait été réduit à inventer, pour les satisfaire, des mines d’or hypothétiques, des lacs de naphte visionnaires et des chemins de fer intersidéraux où se signait son vrai génie, celui du poète. Ce qu’il en souffrait, c’est à ne pas le dire, mais il obéissait à sa destinée.

Il arriva à la Jamaïque juste à temps pour y fermer les yeux de sa vieille nourrice, et, comme elle n’avait ni famille, ni héritiers, il rentra naturellement dans la pension qu’il lui servait, comme dans le dépôt qui lui en garantissait le service. C’était un revenu de trois mille livres, et il se jura de s’en contenter pour lui, sa femme et sa fille, et sauf de toute entreprise.

Inès était dans sa quinzième année, mais les fruits d’or mûrissent vite sous ces latitudes rayonnantes des Antilles, et elle en florissait dix-huit ; aussi avait-il eu peine à la reconnaître quand, la gorge étranglée d’émotion, il lui avait ouvert les bras, sur le quai de débarquement. Elle paraissait, d’ailleurs, s’être familiarisée aux manières anglaises, et sa bonne mère de même. « Je m’y ferai comme à tout le reste, avait pensé l’enfant de Marseille, pourvu