Page:Bergerat - Contes de Caliban, 1909.djvu/91

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Et je riais, en effet, car, cette franche gloire, elle était double et elle fournissait ses deux légendes.

— Je n’imagine pas, lançai-je, le plaisir qu’il peut y avoir à être commandé par le plus grand cocu de France et de Navarre.

A peine avais-je émis cette belle sentence que, dressé devant moi, un homme me tendait sa carte :

« Général comte de Madiran. »

Il faut faire le tour des statues. Mais il était trop tard. Je tirai donc ma carte, en silence, et j’en fis l’échange classique avec mon offensé :

« Jean-Myrtil de la Galonière. »

Grand, sec, hâlé, les cheveux taillés en brosse, l’œil d’acier, le général ressemblait à un sabre. Il fallait, à l’aspect, lui défalquer dix ans sur les soixante que lui attribuait l’annuaire. Charles buvait son héros des yeux, mais très pâle de mon aventure. J’étais pour lui déjà un homme mort, les duels de Madiran étant, dans l’armée, comme des contes de fées de l’escrime. Et j’attendais. Le général, le front baissé sur ma carte, semblait la lire et la relire ainsi qu’en rêve. Brusquement il me regarda, et, d’une voix presque émue :

— Mon enfant, j’ai dû épouser votre mère.