Page:Bergerat - Souvenirs d’un enfant de Paris, vol. 1, 1911, 3e mille.djvu/162

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trouveraient enserrés dans ce dilemme : ou d’exposer les attraits de leurs femmes légitimes ou de renoncer à l’étude du corps féminin, sans parler de vingt autres conséquences.

D’admirables filles, brunes, blondes, rousses ou châtaines, ont passé dans la Villa Glaize, rue de Vaugirard. Elles s’y plaisaient, parce que nous étions gais et jeunes, j’allais ajouter : pauvres. Mais il serait trop long d’expliquer le charme de la pauvreté et d’en dire la physiologie. La dissertation, d’ailleurs, ne serait guère comprise aujourd’hui, ni des modèles, ni des peintres. La joie pourtant loge dans les bourses vides.

La plus allègre, comme la plus jolie du reste, de ces modèles, fut Angèle, la Fornarina, ou plutôt la Joconde de Léon Glaize, car elle ressemblait jusqu’à l’illusion à cette « dame » du Léonard et elle en avait les fossettes. Angèle était vraiment la fleur d’amour des poètes anacréontiques.

— J’aime tout le temps, s’écriait-elle, comme une huître au soleil !

Et elle ajoutait délicieusement désolée :

— Je vous jure bien que ce n’est pas ma faute !

Léon, du haut de son échelle où il brossait des scènes mythologiques, lui criait alors :

— Ça ne fait rien, Angèle, c’est de la fatalité, puissance grecque !

Et elle grimpait l’embrasser.

Une fois, le sculpteur Aristide Croisy, étant monté chez Léon lui emprunter du tabac pour bourrer sa pipe, nous annonça qu’il lui en était venu une épatante :

— Du Prud’hon, nous dit-il, du pur Prud’hon !…