Page:Bergerat - Souvenirs d’un enfant de Paris, vol. 1, 1911, 3e mille.djvu/216

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VI

FAMINE


Les vivres ne manquaient pas encore, mais ils se faisaient chers et déjà plus rares. L’ère de l’hippophagie commençait. On ne débitait plus guère, aux boucheries municipales, que des morceaux de « la plus noble conquête de l’homme », mais sans rationnement et selon la demande. L’un de nos camarades, le peintre Émile Pinchart, dirigeait l’une de ces boucheries, rue des Saints-Pères, et il pouvait librement nous ravitailler de cette carne. Il en apportait des pot-au-feu chez la maman Glaize pour sa petite colonie d’artistes. Ménagère admirable, elle accommodait le « coursier » à des sauces qui eussent trompé Brillat-Savarin, Monselet et le baron Brisse, gloire oubliée. J’ai souvenance de certain pâté, dit : pâté « de palefroi », qui en laissait au chevreuil même. Il y avait encore, les dimanches, des salmis de « haquenées » et des godiveaux Rossinante qui signaient le génie culinaire à la fois et la bonté de cette douce et vaillante créature. La maman Glaize