Page:Bergerat - Souvenirs d’un enfant de Paris, vol. 1, 1911, 3e mille.djvu/220

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— Il n’y a pas que Mlle Édile Riquier, fis-je en entrant dans le salon vert, qui découvre à prix d’or des bonnes choses à manger dans les ruines de la France, et voici de la bécassine.

Madeleine s’était dressée, toute pâle :

— De la bé !… cas !… sine ! affirmai-je.

— Ah ! mon dieu, mais je l’adore !

— Ma chère marquise, vous m’avez créé, il y a cinq ans, ma première pièce, et il me fallait un Siège pour vous donner toute la mesure de ma reconnaissance.

— Elle dépasse le service, fit-elle.

Et elle l’équilibra en me tendant la joue.

Tels étaient les romans d’alors.

Ce fut de la même manière que je pus encore satisfaire à l’envie que Mlle Émilie Dubois avait de se délecter d’un fromage. Elle l’avait exprimée devant moi, et, plein d’admiration pour cette charmante ambulancière, je m’étais juré de lui en faire la surprise. On avait retrouvé sur les quais de la Seine, dans des chalands, oubliés là je ne sais comment, plusieurs chargements de ravitaillement importants, notamment trois bateaux de pommes de terre. Un quatrième contenait des fromages de Hollande, dits tête-de-mort. Le maire de Vaugirard, M. Cambon, s’en était emparé d’autorité pour les administrés de son arrondissement. Il les échangeait contre des vêtements de laine, bas, chemises, jerseys, qu’il distribuait aux enfants pauvres et à leurs mères. On n’en avait pas autrement, et la mesure était radicale. Je ne savais pas tricoter, mais je mis la maman Glaize au courant de mon petit projet. Elle s’y prêta en riant et me munit bientôt de chauds lainages que