Page:Bergerat - Souvenirs d’un enfant de Paris, vol. 1, 1911, 3e mille.djvu/237

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IX

L’ALSACE-LORRAINE


L’un des drames, nés de la grande tragédie, qui émurent le plus les poètes, fut celui de l’annexion violente de l’Alsace et de la Lorraine à l’empire germanique. Ce prix de la défaite, ajouté aux dix milliards de la rançon, nous parut à tous outrepasser les droits de la victoire et les mœurs mêmes de la guerre moderne. Ce Bismarck refoulait sur la barbarie. Il déshonorait cette Allemagne philosophique qu’on nous avait appris, dans nos collèges, à révérer en ses grands esprits, les Gœthe, les Kant, les Hegel, conducteurs de liberté humaine. Non, vraiment, ce démembrement de la patrie, unifiée par nos rois avec tant de peines et dont l’édifice avait été cimenté par le sang des héros de 92, ce n’était même plus une revanche d’Iéna, et toute la civilisation européenne en était souffletée. La botte sanglante du reître poméranien lacérait de ses éperons tous les drapeaux de la chrétienté.

En outre, il faut se souvenir que, à la fin du Second