Page:Bergerat - Souvenirs d’un enfant de Paris, vol. 1, 1911, 3e mille.djvu/266

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menait sa vie à grandes guides dans notre Babylone impériale.

« — Tu étais donc Prussien ? lui jetai-je. Oh ! qu’elle est bonne !

« — Pas trop. J’ai failli écoper à Montretout. Mais ce pauvre Henri Regnault, quelle perte, hein ! Un vrai talent. Je regrette moins notre Seveste.

« — Évidemment.

« Nous en vînmes à causer de la défense de Paris :

« — Que penses-tu, lui dis-je, de notre résistance ?

« — Elle ne m’épate pas. Mais ce Trochu est un imbécile.

« — Comment ?

« — Tiens, pourquoi n’êtes-vous pas, hier, venus tranquillement à Versailles ? C’était si simple. J’y étais.

« — Eh bien ?

« — Eh bien, « ils » foutaient tous le camp.

« — Qui, « ils » ?

« — Eux, les barbares, parbleu ! Tu n’as pas idée de notre frousse ! »

Il fallait voir et entendre le créateur de Giboyer dire et jouer cette scène du pont de Suresnes où s’exprime cette philosophie de l’asphalte, dont l’ironie contient, c’est l’avis d’Ernest Renan, tant de sagesse. Sur ses lèvres et dans son geste, le « ils » du planton allemand, appliqué à ses compatriotes équivalait au Prussien libéré du poète d’Atta Troll.

Ya !


J’avais repris ma route sur Noisy-le-Sec dont le nom me fixait mon étape de fataliste tenant tête à la pluie enragée. Mes sabots de maraîcher se vidaient