Page:Bergerat - Souvenirs d’un enfant de Paris, vol. 1, 1911, 3e mille.djvu/316

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le dernier pli de leur robe qui disparaît. La solitude et l’abandon faisaient ensemble quelque chose de mystérieux que vous interrompez. À votre aspect, les esprits qui chuchotaient se taisent, l’araignée lissant sa rosace suspend son travail ; il se fait un silence profond et, dans les chambres vides, l’écho de vos pas prend des sonorités étranges… »

Et « l’Impassible » écrit encore :

« Une mélancolie profonde s’emparait de nous à regarder ces lieux où nous avons aimé, où nous avons souffert, où nous avons supporté la vie telle qu’elle est, mêlée de biens et de maux, de plus de maux que de biens, où se sont écoulés les jours qui ne reviendront plus et qu’ont visités bien des êtres chers partis pour le grand voyage. Nous avons senti là, dans notre humble sphère, quelque chose d’analogue à la tristesse d’Olympio. » (« La Maison abandonnée », Tableaux de Siège.)

Lorsque je commençai de hanter chez le maître, à qui j’allais bientôt pouvoir donner le nom de père, la galerie de tableaux était revenue, et les aîtres étaient reconstitués. Les dieux lares avaient repris leur place au foyer, les chats dans les armoires, Éponine à son couvert, et la Victoire du Parthénon régnait sur l’habitacle.

Théophile Gautier, je l’ai dit, avait deux sœurs, qu’avant la guerre il entretenait à Montrouge, en vieilles demoiselles. L’une d’elles, Émilie, qu’on appelait Lili, était charmante encore lorsque je la connus, et son frère ne se lassait pas de rappeler à tout propos qu’elle avait été jolie comme les amours. Toujours gaie et souriante, elle allait et venait, distraite, myope, l’esprit ailleurs, se cognant à tous les meubles