Page:Bergerat - Souvenirs d’un enfant de Paris, vol. 1, 1911, 3e mille.djvu/359

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pères avaient su les Paroles d’un Croyant, de Lamennais.

Du comte Benedetti, je ne redoutais plus rien, ayant sur lui la préséance dans l’art du carambolage. Un homme qu’on laisse à quarante-trois points de cinquante est un homme muselé, écrasé et réduit au silence diplomatique.

L’un des derniers arrivants fut le président Charles Desmaze. C’était un petit homme jovial, aux manières rondes, à tête faunesque, et réalisant à miracle l’idée qu’on a des magistrats épicuriens de l’ancien régime. Il avait été directeur de la Sûreté aux débuts du Second Empire, et il avait gardé de ce poste un goût irrésistible pour l’investigation des choses du crime, et, fait singulier, une pitié profonde et militante pour les prostituées. Il leur a consacré plusieurs ouvrages, qui alternent d’ailleurs dans son œuvre avec des études de critique d’art fort averties. Aux quelques mots avec lesquels il m’aborda, je compris tout de suite qu’il connaissait à fond ma vie complète et qu’elle avait eu l’heur de le conquérir, en le déridant. C’était, si j’en avais eu besoin, un appui dans la place.

Du côté de la toute puissance, soit du beau sexe, outre Mme de Galbois, dame d’atours et de compagnie, une envolée de jeunes filles rieuses et charmantes, qui semblaient comme autant d’Eucharis autour de la Calypso impériale.

Enfin, colonnes inébranlables du Temple de l’Amitié et soutiens des bons et des mauvais jours, le père Eugène Giraud et Claudius Popelin. C’était à eux que la princesse Mathilde devait d’avoir pu échapper, après la guerre, au déchaînement de haines d’un