Page:Bergerat - Souvenirs d’un enfant de Paris, vol. 1, 1911, 3e mille.djvu/370

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L’impeccable ne digérait pas l’école murgérienne.

— Sais-tu rien de plus mal fichu que les strophes de ce Rodolphe :

C’était le vendredi de la sainte semaine
Et contre l’ordinaire il faisait un beau temps…

« D’abord, il n’y a pas un vrai poète, sachant son affaire, qui ne se serait hérissé contre l’inversion défigurante de Semaine Sainte en sainte semaine. C’est comme si on écrivait :

Je m’étais fait très beau pour voir Léopardi
Le matin de ce jour nommé le gras mardi !…

« Et puis, que dis-tu du lyrisme de ce beau temps qu’il fait « contre l’ordinaire » ? Oh ! contre l’ordinaire !

Là-dessus il se mettait à improviser de ces vers parodiques dont il avait le génie bouffon :

De chien était le temps dans tout le Meudon bas
Et j’avais, par extraordinaire, des bas !…

Et ainsi de suite, jusqu’à ce qu’il se laissât tomber sur un fauteuil comme écrasé par la fatalité de vivre en un temps si rebelle aux Muses.

Donc, le maître s’était invité à déjeuner dans ma demeure. Il verrait notre ajoupa de Peaux-Rouges et il compterait sur le mur les chevelures de bourgeois que nous avions scalpés. Il était nécessaire de prouver à sa fille qu’il ne la donnait pas à l’un de ces hommes méprisables et fatalement destinés à la Rente française, qui n’ont jamais bu le vin de la jeunesse et n’apportent dans le mariage que l’expérience des séminaires.