Page:Bergerat - Souvenirs d’un enfant de Paris, vol. 1, 1911, 3e mille.djvu/56

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d’un dôme, pareils à celui qui subsiste au Parc Monceau, dont était flanquée la barrière du Roule. Je ne sais pas de qui, dans la pensée de Louis-Philippe, leurs deux tours, terminées en bonnets de coton, devaient protéger les faubouriens de M. Saint-Honoré, mais si c’était des paisibles Ternois elles étaient bien inutiles, et le stratège Thiers avait gâché l’argent des contribuables. Rien de plus provincial, rural même, que le gros bourg suburbain, agglomération de villas éparses, entrecoupée de potagers, et traversée par une avenue centrale où le printemps s’annonçait par une neige odorante de fleurs d’acacias. Chaque trottoir arborait un double rang de ces robiniers séculaires, restes du parc morcelé du château, et où s’abritait un de ces marchés en plein air, animés, colorés, pittoresques, qui furent les joies de la cité bourgeoise.

Ce marché allongeait la double ligne de ses auvents de la place de l’Église aux « quinquengrognes » de la porte du Roule, et j’y vagabondais, l’âme ravie. Presque tous les matins, sur le seuil de la boulangerie où ma pauvre mère, réduite à ce négoce par la ruine de mon père, puis par sa mort, tenait comptoir, je guettais le passage de deux dames amies qui m’y prenaient et m’emmenaient aux provisions. C’était Mme et Mlle Sarcey, l’une toujours en cheveux, l’autre en bonnet, toutes deux le panier au bras, comme à Dourdan, sans plus d’apprêts, actives et simples. Puis, leurs emplettes terminées, je les accompagnais jusqu’à leur porte, rue Saint-Ferdinand, et j’y restais à regarder à travers la grille une douzaine de fillettes qui s’ébattaient à grands cris dans la cour du school-house.