Page:Bergerat - Souvenirs d’un enfant de Paris, vol. 1, 1911, 3e mille.djvu/58

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lait que de lui, le dimanche, à table, chez ma grand’mère. Ses succès universitaires m’y étaient cités sans cesse comme exemple et proposés pour modèle. L’École Normale, dont il était une gloire, l’auréolait, chez les miens, d’un prestige devant lequel ne tenait aucune renommée acquise ou conquise.

— Ah ! mon petit, me disait ma naïve et tendre aïeule, si tu pouvais être, un jour, un autre fils Sarcey !

Et je lui promettais d’y faire « tout mon possible ».

Jamais il ne s’est douté, car jamais il ne m’a laissé le plaisir de le lui dire, à quel point il a intimidé ma jeunesse ! Il n’était encore pourtant que professeur, en ce temps-là, à Grenoble, je crois, et rien ne sonnait en lui l’écrivain militant qui allait devenir le truchement sans rival du Tiers-État littéraire. Il est au moins assez curieux que ce soit dans ma famille qu’il ait eu ses premiers prosélytes ! Quand le destin s’amuse, il en perd la raison ! Je dois même, en somme, à cette première rencontre, le changement d’éducation qui m’amena plus tard sous la férule de sa critique, car elle décida, ainsi que vous allez le voir, de la laïcisation de mes études. Je les faisais, en effet, depuis la mort de mon père, dans les collèges des Jésuites, et si rien n’y contrariait une vocation qu’une paresse révélatrice rendait trop évidente, rien non plus, il faut bien le dire, n’y aidait à la fatalité de ladite vocation, et ma cancrerie s’abreuvait de rêve et s’alimentait d’ignorance.

Je ne sais pas si l’Université fait aussi des poètes, mais ce que je sais, c’est que les jésuitières n’en font pas. Il y a plus de chance d’en sauver quelques-uns