Page:Bergerat - Souvenirs d’un enfant de Paris, vol. 3, 1912.djvu/331

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on nous l’a fait au génie de ce Normand transplanté qui, d’ailleurs, Banville l’a prouvé, s’appelait Jacques Pierre.

— Et qui n’a jamais existé, fis-je pour être du jeu.

À l’entr’acte suivant notre confrère reparut. Il n’en pouvait plus. Cette histoire de cocuage more imaginaire « le rasait dans les grands prix ». On n’em… bêtait pas le monde comme ça, et si tard car il était déjà près de onze heures ! — Tenez, nous demanda-t-il, rendez-moi un service. Il faut que je rentre au journal faire ma soirée et je ne puis rester jusqu’au baisser du rideau. Comment ça finit-il, Othello ?

En présence d’une telle question il n’y avait que trois choses à faire, ou lui jeter nos bocks à la tête, ou le dénoncer à la police, et la troisième était de nous payer le mufle du camarade.

— Eh bien voici, dit Monselet en consolidant ses lunettes qui lui en tombaient du nez, Desdémone a un mouchoir…

— Célèbre, appuie Arène, et marqué à son chiffre : D. O.

— Elle le jette à Iago par la fenêtre. C’est clair. Il monte et le lui rapporte. Le mari paraît, plus noir que d’habitude. Duel au sabre recourbé ! Lanternes vénitiennes. L’amant tue le more. La femme s’évanouit et l’épouse. Voilà.

— Le reste rentre dans l’histoire secrète des Doges.

— Merci, dit le soiriste, et il courut rédiger sa critique volante. Vous pensez si le lendemain la Cour et la Ville se rigolèrent, comme on disait sous Louis XV. Le bon Louis de Grammont, malgré toute sa philo-