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D’UN CURÉ DE CAMPAGNE

ne serait qu’une formalité. À quoi bon vous tenir ici plus longtemps ! Rentrez donc tranquillement chez vous. » — « Je puis reprendre l’exercice de mon ministère ? » — « Bien sûr. (J’ai senti que le sang me sautait au visage.) Oh ! je ne prétends pas que vous en ayez fini avec vos petits ennuis, les crises peuvent revenir. Que voulez-vous ? Il faut apprendre à vivre avec son mal, nous en sommes tous là, plus ou moins. Je ne vous impose même pas de régime : tâtonnez, n’avalez que ce qui passe. Et quand ce qui passait ne passera plus, n’insistez pas trop, revenez tout doucement au lait, à l’eau sucrée, je vous parle en ami, en camarade. Si les douleurs sont très vives, vous prendrez une cuillerée à soupe de la potion dont je vais vous écrire la formule — une cuillerée toutes les deux heures, jamais plus de cinq cuillerées par jour, compris ? » — « Bien, monsieur le professeur. »

Il a poussé un guéridon près du fauteuil, en face de moi, et s’est trouvé nez à nez avec la poupée de chiffons qui semblait lever vers lui sa tête informe d’où la peinture se détache par morceaux, on dirait des écailles. Il l’a jetée rageusement à l’autre bout de la pièce, elle a fait un drôle de bruit contre le mur, avant de rouler au sol. Et elle est restée là sur le dos, les bras et les jambes en l’air. Je n’osais plus les regarder ni l’un ni l’autre. — « Écoutez, a-t-il dit tout à coup, je crois décidément que vous devrez passer à la radio, mais rien ne presse. Revenez dans huit jours. » — « Si ce n’est pas absolument né-