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D’UN CURÉ DE CAMPAGNE

Mais il n’en sait rien. » Je n’ai pu m’empêcher de sursauter. Elle a rougi plus fort. — « Oh ! je devine ce que vous pensez. Il est venu ici un vicaire de la paroisse, un homme très poli, que M. Louis ne connaît pas, d’ailleurs. Selon lui, j’empêchais M. Louis de rentrer dans le devoir, qu’il a dit. Le devoir, allez, c’est pas facile à comprendre. Oh ! ces messieurs le soigneraient mieux que moi, vu le mauvais air du logement et la question de nourriture qui n’est pas ce qu’elle devrait être, malgré tout. (Pour la qualité, j’y arrive, c’est la variété qui manque, M. Louis se dégoûte très vite !) Seulement je voudrais que la décision vienne de lui, vaudrait mieux, vous ne trouvez pas ? Une supposition que je m’en aille, il se croira trahi. Car enfin, sans vous offenser, il sait que je n’ai guère de religion. Alors… » — « Êtes-vous mariés ? » lui dis-je. — « Non, monsieur. » J’ai vu passer une ombre sur son visage. Puis elle a paru se décider tout à coup. — « Je ne veux pas vous mentir, c’est moi qui n’ai pas voulu. » — « Pourquoi ? » — « À cause de… à cause de ce qu’il est, quoi ! Lorsqu’il a quitté le sana, j’espérais qu’il irait mieux, qu’il guérirait. Alors, au cas où il aurait voulu un jour, sait-on ?… Je ne lui serai pas une cause d’ennui, que je me disais. » — « Et qu’a-t-il pensé de cela ? » — « Oh ! rien. Il a cru que je ne voulais pas, rapport à mon oncle de Rang-du-Fliers, un ancien facteur, qui a du bien et n’aime pas les prêtres. J’ai raconté qu’il me déshériterait. Le drôle de la chose, c’est que le vieux me